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Intervention sociale, éducative et socio-éducative et réflexivité des faits sociaux

Volume 4 numéro 3

Disponible aux Éditions Champ Social (achat individuel et abonnement individuel) et bientôt disponible sur la plateforme Érudit (abonnement institutionnel)

Le présent numéro rassemble des textes portant sur l’intervention analysée sous différentes perspectives sociales et selon une acception large de cette notion. Les différents métiers de l’intervention sociale se caractérisent par une pratique professionnelle s’effectuant en appui à une compétence réflexive. Cette compétence est au cœur de l’intervention comme le souligne l’article de Chouinard et Caron. Intervenir dans et sur l’espace social requiert en effet l’effectuation de pratiques multiples de réflexivité, qu’il semble nécessaire de concevoir plus explicitement afin de les penser en objets de formation, voire de réflexion, d’autoréflexion et d’auto-apprentissage. Comme le démontre cet article, la réflexivité ne peut pas se réduire à une dimension de la professionnalité centrée sur le sujet et sur l’expérience située de l’intervention. Elle s’effectue aussi par diverses médiations sociales, que sont notamment les médias. Ponnou et Fricard analysent ainsi le rôle de la presse spécialisée comme miroir de l’intervention et comme vecteur de réflexivité. Ces deux auteurs étudient la question de l’autisme et de l’intervention spécifique des travailleurs sociaux auprès de ces populations. L’article de Nagels et Nagels prend appui sur l’analyse de séries télévisées consacrées au monde médical pour mettre à jour les conceptions du soin qu’elles révèlent et les apprentissages qu’elles favorisent chez leurs auditeurs. L’intervention sociale, comme l’intervention éducative ou socio-éducative, s’effectue donc tout autant par une réflexivité du sujet en situation d’intervention que par une réflexivité plus large, suggérée, stimulée et diffusée par le fait social lui-même. Ces interventions, par-delà leurs qualificatifs, s’effectuent donc ainsi par une réflexivité sociale, comme le démontre le texte de Billy, Jean Jacques et Derivois. Les auteurs étudient ainsi l’impact de certains déterminants sociaux sur la réussite scolaire dans le contexte haïtien. Cette approche multiréférentielle de la réflexivité comme attribut et condition de la professionnalité dans les divers métiers adressés à autrui trouvera un écho auprès des chercheurs et praticiens, qu’ils s’intéressent à l’une ou l’autre des familles professionnelles de l’intervention.

1.              Rage narcissique et réussite scolaire chez des adolescents haïtiens issus des milieux sociaux défavorisés à Port-au-Prince

  1. 2-10

Raynold Billy, Ronald Jean Jacques, Univ. D’État d’Haïti.

Daniel Derivois, Univ. De Bourgogne Franche Comté

Mots clés : Adolescence, Motivation, Représentation de soi, Milieux défavorisés, Réussite scolaire, Résilience scolaire, Soi, Narcissisme, Rage narcissique.

Résumé : La réussite scolaire constitue un enjeu important pour les familles et les adolescents haïtiens issus des milieux socio-économiquement défavorisés. Elle représente un passage nécessaire pour échapper aux conditions de vie difficiles et parvenir à une certaine ascension sociale. Tout échec de ces adolescents sur le plan scolaire risque de leur faire connaître un sort encore plus difficile que celui de leurs parents. Il est alors important de s’interroger sur les facteurs qui expliquent le succès scolaire de certains jeunes évoluant en milieu précaire. Cet article se propose d’analyser, dans une perspective psychosociale clinique, les résultats d’une étude qualitative réalisée auprès de huit (8) adolescents haïtiens scolarisés vivant dans certains quartiers défavorisés de Port-au-Prince. L’accent est mis sur la construction de la rage narcissique de ces jeunes comme mobilisation de l’énergie psychique au service d’un soi blessé, résultant dans le cas de ces sujets, de certaines pratiques éducatives de leurs parents et d’une prise de conscience progressive des conditions socio-économiques précaires qui caractérisent leur vie ainsi que des différents affronts symboliques, humiliations et mépris associés à ces conditions précaires . Ainsi, l’analyse,  montre comment cette soif insatiable de vengeance et de réparation de soi, liées aux blessures narcissiques dont sont l’objet ces adolescents, constituent  un élément déterminant de leur investissement scolaire.

Title : Narcissistic rage and academic achievement in Haitian teenagers from disadvantaged social backgrounds to Port-au-Prince

Keywords : Teenager, motivation, disadvantaged social backgrounds, academic achievement, self-representation, school resilience

Abstract :  Academic achievement is an important issue for families and Haitian adolescents from socio-economically disadvantaged backgrounds. It represents a necessary step to escape difficult living conditions and achieve some social mobility. Any failure of these adolescents academically risk of them know a lot more difficult than that of their parents. It is therefore important to consider the factors that explain the academic success of some young people playing in a precarious environment. This article aims to analyze, in a clinic psychosocial perspective, the results of a qualitative study of eight (8) Haitian school adolescents in some poor neighborhoods of Port-au-Prince. The focus is on the construction of the narcissistic rage of the young as mobilization of psychic energy in the service of a wounded self, resulting in the case of these subjects, certain educational practices of their parents and a plug gradual realization of the precarious socio-economic conditions that characterize their lives and different symbolic insults, humiliation and contempt associated with these precarious conditions. Thus, the analysis shows how this insatiable thirst for revenge and self-repair, related to narcissistic wounds which are the subject of these teenagers, are a key element of their educational investment.

2.              Le recours aux approches réflexives dans les métiers relationnels : modélisation des conceptions de la réflexivité.

  1. 11-21

Isabelle Chouinard, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

Jessie Caron, Université de Sherbrooke

Mots clés : Réflexivité, pratique professionnelle, compétences professionnelles, métiers relationnels, professionnalisation.

Résumé : Le développement de l’industrie tertiaire a accru l’intérêt de la communauté scientifique envers la relation de service et les compétences professionnelles des métiers relationnels. Les institutions de formation ont également adapté leurs programmes afin de garantir l’acquisition des étudiants de ces nouvelles compétences. Pourtant, les connaissances sur le sujet demeurent encore imparfaites. Ceci est d’autant plus préoccupant que les professions ont l’obligation de rendre compte de leurs productions. Pour répondre à cette exigence, le recours aux approches réflexives est devenu courant. Malgré la multiplication de ces approches, peu de données sont disponibles sur la façon dont elles sont conçues et utilisées. Afin d’en dégager les perspectives actuelles, cet article expose les résultats d’une analyse de la documentation scientifique sur la réflexivité dans quatre métiers relationnels : le travail social, l’éducation, les sciences infirmières et la psychologie. Après avoir présenté ces conceptions, les enjeux qu’elles soulèvent seront discutés.

Title : The use of reflexive approaches in relational professions: conceptions of reflexivity.

Keywords : Reflexivity, professional practice, professional skills, relational professions, professionalization

Abstract : The tertiary industry development has increased researches on service relationship and professional skills needed in relational professions. Universities and education fields have also adapted their programs to ensure students acquire these new skills. However, knowledge on the topic is still incomplete. At the same time, professions are required to rationalize their outputs. To meet this requirement, the use of reflexive approaches has become common. Despite the increase of these approaches, few data are available on how they are conceived and used. In order to identify the current perspectives, this article presents the results of a scientific literature analysis on reflexivity in four relational professions : social work, education, nursing and psychology. After presenting these perspectives, the results will be then discussed.

3.             L’autisme dans la presse spécialisée destinée aux travailleurs sociaux : évolution des discours, enjeux de pratique, de recherche et de formation

  1. 22-35

Sébastien Ponnou Polaris, Institut de Formation des Travailleurs Sociaux

Blandine Fricard, Université de Limoges

Mots-clés : autisme, travail social, analyse du discours, discours biomédical, psychanalyse.

 

Résumé : L’autisme fait l’objet de nombreux débats dans les médias, et l’analyse des discours montre des distorsions récurrentes au regard des avancées scientifiques mises en exergue dans la littérature biomédicale internationale. Nous avons procédé à l’analyse systématique des approches de l’autisme dans la presse spécialisée destinée aux travailleurs sociaux français entre 1989 et 2014, et comparé les résultats obtenus à une étude récente sur les conceptions du Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité dans ce même champ. L’analyse des discours sur l’autisme, et plus généralement sur les troubles mentaux et psychosociaux dans la presse spécialisée destinée aux travailleurs sociaux, montre que les facteurs sociaux pourtant fortement impliqués dans ces pathologies ne sont jamais présentés, tandis qu’ils sont  largement argumentés dans la littérature internationale, et peuvent faire l’objet de politiques et de pratiques socioéducatives spécifiques. La plupart des conceptions de l’autisme présentée aux travailleurs sociaux français relève de la sphère thérapeutique, et laisse apparaître une médicalisation croissante du travail social, nous permettant d’en interroger les enjeux de pratique et de formation.

Title : Autism in the specialized press for social workers : speeches evolution, practice, research and formation issues

Keywords : autism, social work, discourse analysis, biomedical discourse, psychoanalysis.

Abstract : autism has been widely covered by the medias, and studies analyzing this discourse have pointed out frequent and repetitive distortions of the biomedical knowledge. We conducted a systematic analysis of conceptions of autism in the french specialized social workers press between 1989 and 2014, and compared these results to a recent study on Attention Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD) in the same field. Analysis of discourse about autism, and more generally on mental and psychosocial disorders in the specialized social workers press  shows that social factors highly involved in these pathologies are never presented, as they are widely argued in the international literature, and can be subject to specific socio-educational policies and practices. Most ways of autism presented to french social workers belong to the therapeutic sphere, and reveal a growing medicalization of social work, allowing us to question the practice and training issues.

4.              Comprendre et apprendre le soin à travers les sériées télévisées, en France et au Liban

  1. 36-50

Marc Nagels, Université de Rennes 2

Rose Nagels,  IFSI du CHU de Pontchaillou Rennes

Mots-clés : Analyse de l’activité, didactique professionnelle, soins infirmiers, séries télévisées

Résumé : Si les séries télévisées ne poursuivent pas explicitement un but d’apprentissage mais de divertissement, nombre d’informations sur les soins sont toutefois mises en scène. Il en est ainsi des séries françaises ou américaines exposant des médecins ou des paramédicaux et qui ont pu enregistrer des records d’audience. Les spectateurs cherchent à comprendre l’activité de soin dans les situations dramatiques. Ils sont d’autant plus curieux et susceptibles de prendre l’activité de l’infirmière en tant que modèle vicariant qu’ils se destinent à une carrière médicale ou paramédicale. Quels comportements retiennent l’attention des spectateurs ? Quels raisonnements déduisent-ils de ces comportements ? Ces représentations du soin et du métier, acquises par exposition aux séries télévisées, sont-elles ensuite modifiées par la formation paramédicale ?

Title : Understanding and learning care through television series, in France and Lebanon

Keyword : Activity analysis, occupational didactics, nursing, television series

Abstract : Television series explicitly pursue an entertainment goal rather than a learning one; nevertheless, they convey information about care. French and American series depicting doctors and care workers have reached record-breaking audiences. Spectators try to understand care as an activity through dramatic situations. They are all the more curious and liable to consider the activity of the nurses as a vicariant model that they wish to become a doctor or a care worker. Which behaviors get the spectators’ attention? Which reasoning do they deduce from them? Does the paramedical training then modify the representations they form about care and the nursing profession while watching television series?

 

 

 

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Quels discours pour quel développement professionnel ?

Disponible aux éditions Champ Social (achat individuel et abonnement individuel).

Sur Cairn (achat d’articles)

Bientôt disponible sur la plateforme Érudit (abonnement institutionnel)

Numéro coordonné par  Kristine Balslev, Université de Genève, et Alexandre Buysse, Université Laval

 

Dans les formations aux métiers éducatifs, l’activité professionnelle, souvent sous forme de stage, est au cœur de nombreux dispositifs. Dans la perspective des formations en alternance intégrative (Vanhulle, Merhan et Ronveaux, 2007 ; Vanhulle, 2012), les professionnels en formation sont amenés à produire des discours sur cette activité en vue, notamment, de développer leur réflexivité, de construire des savoirs professionnels pour, au final, développer un agir professionnel. Dans ces formations, un lien fort entre le retour sur l’action et l’action elle-même est posé, l’hypothèse de base étant que le discours a un impact sur les pratiques. Cette hypothèse n’est pas propre à la formation, elle est aussi, à certaines conditions, valable pour les discours des professionnels confrontés à leur pratique.

Les dispositifs invitant à intégrer savoirs théoriques et expériences professionnelles, constituent des lieux de production de discours professionnels qui représentent des espaces de réflexion amenant à la consignation du savoir, la construction de connaissances, la confrontation entre des savoirs et des expériences concrètes (Rabatel et Blanc, 2011). Ajoutons à cela l’activité réflexive du futur professionnel prônée, sinon exigée dans ces formations, passant par des procédures de discussion et de négociation (Vanhulle, 2008). Celle-ci implique, d’une part, une importante démarche de conceptualisation et de théorisation de la pratique et, d’autre part, un processus de positionnement permettant de discuter des valeurs et de l’agir professionnel et, plus généralement, de donner sens à son activité.

Ces discours se construisent en interaction et ont pour vocation d’être porteuses de médiations permettant à l’apprenant d’intérioriser et d’intégrer différents savoirs et processus (Buysse et Renaulaud, 2012). Mais ces discours sont également le théâtre d’autres phénomènes, tels la reconnaissance (Jorro, 2011 ; Vanhulle, 2009), la construction identitaire, le positionnement de soi (Rabatel et Blanc, 2011), l’adhésion progressive à une forme socioculturelle de pensée (Buysse, 2012) ou encore la présentation d’un point de vue (Rabatel, 2005). Se pose dès lors la question de l’effet des dispositifs et des formes interactives ou genres textuels sur le(s) développement(s) professionnel(s).

Ainsi, c’est la fonction du langage en usage dans la formation ou la profession, en lien avec des situations de stage ou de travail, qui est au cœur de ce numéro de Phronesis. Quels éléments du discours oral ou écrit sont à prendre en compte pour saisir le développement professionnel ? S’agissant de discours de formation et de discours professionnels, visant l’appropriation de savoirs, comment ces savoirs sont-ils reconfigurés par les discours ? Comment s’arriment des phénomènes observables dans le discours avec des phénomènes intrapsychiques et invisibles ? À quelle formation forment les dispositifs ? Telles sont les questions abordées par ce numéro, dont la richesse réside dans la diversité des formes de discours, des dispositifs et des phénomènes étudiés.

Sommaire du numéro

1-Introduction

p.1-4

Kristine Balslev, Université de Genève et Alexandre Buysse, Université Laval

2- Agir professionnel, point de vue et mobilité empathique

p.4-15

Alain Rabatel, Univeristé de Lyon 1, France

Mots-clés : point de vue linguistique, empathie, mobilité empathique, réflexivité, positionnement de soi (vs figures d’autorité), mémoire professionnel

Résumé : Cet article fait l’hypothèse que la construction d’un agir professionnel enseignant passe par la conceptualisation et la théorisation de la pratique, par un positionnement qui permet de prendre du recul par rapport à l’activité professionnelle, aux apprenants mais encore par des processus complexes de positionnements linguistiques et cognitifs envers les savoirs académiques et les injonctions institutionnelles. Cette hypothèse est confrontée au positionnement scriptural que de jeunes enseignants stagiaires adoptent lors de l’écriture de leur mémoire professionnel et est abordée à travers le prisme de la problématique du point de vue. Après avoir présenté cette problématique dans ses diverses dimensions, l’article se focalise sur le concept linguistique de point de vue, puis analyse ses liens avec la notion affine d’empathie, et, plus particulièrement, de mobilité empathique. Enfin, il montre combien ces techniques linguistiques, corrélées à la mobilité empathique et aux capabilités afférentes, sont de nature à aider à la professionnalisation des (jeunes) enseignants en leur permettant de problématiser leur propre point de vue grâce à une distance réflexive envers les points de vue des autorités (institutionnelles ou académiques) ou envers leur objet de recherche, à partir de la prise en compte de leur situation et de leur expérience, de façon à mieux faire émerger la complexité de leur objet de recherche et à être mieux armé pour l’exercice de leur métier.

Title : Professional actions, point of view and empathic mobility

Keywords : linguistic point of view, empathy, empathic mobility, reflexivity, self-positioning vs authority figures, professional report

Abstract : This paper assumes that the realization of a teaching action implies the conceptualisation and the theorization of practice, a positioning that allows to put things into perspective with respect to the professional activity and to learners, as well as a complex linguistic and cognitive positioning towards academic knowledge and institutional injunctions. This hypothesis is confronted with the scriptural positioning that young pre-service teachers adopt for the writing of their professional report, and is viewed through the lens of the point of view issue. After having considered this issue in its various dimensions, the paper focuses on the linguistic concept of point of view, then analyses its relations to the adjacent notion of empathy and, more specifically, of empathic mobility. Finally, it explains how these linguistic technics, correlated to the empathic mobility and to the related abilities, contribute to the professionalization of (young) teachers by allowing them to problematize their own point of view; this problematization is achieved through a reflexive distance from the point of view of (institutional or academic) authority figures or from their own research objects and by taking into consideration their current situation and their experience in order to better emphasize the complexity of their research object and to better prepare for their professional activity.

3- Reconfigurer l’action enseignante pour la (Re) découvrir: Traces du répertoire didactique évolutif

p. 16-27

Francine Cicurel, Université Sorbonne nouvelle Paris 3, France

Mots-clés : action enseignante, activité constructive, répertoire didactique évolutif, pensée enseignante, verbalisation

Résumé : Cette étude se propose d’interroger les fondements théoriques et épistémologiques d’une pratique de recherche qui suscite la production d’un commentaire oral et spontané d’enseignants placés devant le visionnement de leur propre action d’enseignement. Sur quels indices s’appuie le chercheur pour pouvoir conférer à ces discours la capacité de dévoiler quelque chose ayant trait au rapport entre discours, action et pensée enseignante ? Pour aborder cette question, on proposera de s’attacher plus particulièrement à des incidents de planification, moments d’accroc, de dilemmes, de regrets où selon l’expression de Schütz (1998), l’enseignant affronte « un monde n’allant pas de soi ». Nous pensons ici à des séquences de corpus où se jouent des rapports au savoir, aux occasions manquées ou à prendre au vol. Dans ces moments de fracture apparaissent des indices d’un répertoire didactique en évolution. Ce qui nous conduira à nous interroger sur les discours d’autoconfrontations comme matériau textuel dont l’étude renseigne sur la construction des savoirs professionnels et leur évolution

Title : Reconfiguring and rediscovering teacher action: Traces of the didactic repertory in evolution

Keywords : constructive activity, didactic repertory in evolution, teacher action, teacher thinking, verbalization

Abstract : This study intends to question the theoretical and epistemological basis of research practices that give rise to the production of spontaneous oral commentary by teachers watching their own teacher action. What clues can the researcher use to impart on these discourses their ability to reveal that which is related to the link between discourse, action and teacher thinking? To address this question, we propose to concentrate more specifically on planning incidents, challenging moments, dilemmas and regrets in which, according to Schütz’s expression (1998), the teacher faces a world that is not self-evident. Here we will consider corpus sequences in which relationships to knowledge and opportunities – both missed and taken advantage of – play out. In these moments of fracture, hints of an evolving didactic repertoire seem to appear. This will bring us to question the discourses of self-confrontation as textual material, the study of which informs of the construction of professional knowledge and its evolution.

4- Discours académiques et discours professionnels : positionnement et savoirs des enseignants en formation

p. 28-41

Dominika Dobrowolska, Kristine Balslev, Edyta Tominska, Sabine Vanhulle, Université de Genève, Suisse

Santiago Mosquera, Université Javanaria, Colombie

Mots-clés : positionnement, analyse de discours, entretien de stage, formation des enseignants, réflexivité

Résumé : L’une des voies proposées pour former des enseignants réflexifs, consiste à amener les formés à problématiser ou analyser les actions menées en classe à l’aune d’apports théoriques de la formation académique dans des cadres formalisés. Ceci est notamment le cas pour les entretiens tripartites de stage, qui se situent à l’intersection du monde professionnel et du monde académique. Dans ce cadre, les formés produisent des discours complexes dans lesquels ils se positionnent, se réfèrent à de savoirs multiples, tout en décrivant et analysant le travail effectué en stage. Considérant que l’analyse de ces discours éclaire une part du développement professionnel, cette contribution regarde de près ce qui se joue et s’apprend dans ces entretiens. En comparant l’évolution des problématiques professionnelles de deux enseignants en formation, les résultats portent sur trois éléments clés : le positionnement qu’adopte l’EF par rapport à ce qu’il dit et à ses interlocuteurs, la manière dont il intègre les éléments théoriques de la formation dans son discours, et la façon dont il met en récit les situations de travail et les événements vécus en stage. Ils mettent notamment en évidence différentes manières d’analyser les pratiques de stage correspondant à deux formes de discours : une forme académique et une forme professionnelle.

Title:  Academic or professional discourses: positioning and knowledge of prospective teachers

Keyword : positioning, discourse analysis, mentoring conversation, teacher education, reflexivity

Abstract : In teacher education, students have to link theoretical knowledge from educational studies or other academic fields with classroom experiences in formal settings such as triadic mentoring conversations. Students make this link through verbal activities, which are the heart of our analysis. Students produce complex discourses in which they position themselves, refer to multiple types of knowledge, describe and analyse their practicum. Considering that discourse analysis enlightens professional development processes, we study what prospective teachers (PTs) learn in a specific moment of formal mentoring conversations that is a presentation of problematic issues. We compare the evolution of these presentations for two PTs. Through an utterer centred approach, we focus on three key elements: positioning adopted by PTs regarding the content of their sayings and their discussion partners; the way they integrate the theoretical concepts in their discourse; and the way they put in words working experiences and specific internship events. These elements enlighten the process of self-building and building of professional knowledge. Our results point out that in these « in between » settings, preservice teachers produce two kinds of discourse: academic and professional

5- Écriture des pratiques et remaniements subjectifs de la position professionnelle

p. 42-54

Patrick Geffard, Univerisité de Paris 8, France

Arnaud Dubois, Université de Cergy-Pontoise, France

Mots-clés : formation professionnelle, écriture monographique, correspondance, élaboration psychique, remaniements subjectifs, enseignants et personnels d’éducation

Résumé : En France comme au Québec, les objectifs de formation des professionnels de l’éducation sont énoncés dans des référentiels de compétences. Le référentiel français s’inspire de la figure du « praticien réflexif » (Schön, 1983). Cet article présente un dispositif de formation insistant sur les interactions entre étudiants par des groupes d’écriture des pratiques, une correspondance inter-étudiants et des « institutions coopératives ». En analysant des matériaux recueillis à fin de recherche durant la formation, sont proposées des hypothèses de compréhension concernant les déplacements subjectifs des étudiants et les capacités du dispositif à favoriser une appropriation adéquate de la position professionnelle

Title : Writing the Practice / Shifting the Subjective Professional Position

Keywords : vocational training, monographic writing, correspondence, psychical elaboration, subjective rearrangements, teachers and educators

Abstract : In France and in Quebec, the training objectives of education professionals are now contained in repositories of skills. The French repository is strongly influenced by the figure of the ‘reflective practitioner’ (Schön, 1983). This paper presents a training device for future professionals of teaching and education that focuses on interactions between students through the use of practices writing groups, an inter-student correspondence and ‘cooperative institutions’. By analysing some of the materials collected for research purposes during the training, comprehension assumptions are offered about the subjective rearrangements experienced by students and the device capabilities to promote an appropriate acquisition of professional position

6- Transitions de culture évaluative chez des futurs enseignants de l’enseignement secondaire

p. 55-68

Isabelle Nizet, Université de Sherbrooke, Canada

Mots-clés : Évaluation, stage, professionnalisation, savoirs professionnels

Résumé : En matière d’évaluation, les apprentissages professionnels des futurs enseignants supposent une double transition culturelle qui se caractérise par le passage d’une culture première en évaluation (d’ancien élève ou d’étudiant) à une culture seconde (professionnelle) (Nizet, 2013, 2015). Ces apprentissages impliquent la construction de concepts et de techniques propres au domaine de l’évaluation et agissent comme des appuis pour référencer les pratiques évaluatives (Vial, 2009), leur statut épistémologique évoluant au contact de l’activité professionnelle. Dans le cadre d’une recherche portant sur le processus d’« assessment literacy » de futur enseignants (Mertler, 2004, 2009; Willis, Addie & Klenowski, 2013) nous souhaitons comprendre comment évolue la reconfiguration de ces savoirs de formation dans le cadre d’échanges ayant eu lieu entre le stagiaire et son enseignant associé. Nous présentons le résultat d’une analyse d’échanges relatés par des futurs enseignants du secondaire portant sur des problèmes liés à l’évaluation des élèves durant leur stage. L’analyse met en lumière une évolution des valeurs attribuées aux savoirs de formation selon des critères de crédibilité, d’intelligibilité et de légitimité

Title : Transition of culture in evaluation among future teachers of secondary education

Keywords : Evaluation, traineeship, professionalization, professional knowledge

Abstract : The professional learning in assessment of future teachers assumes a double cultural transition that is characterized by the passage of a first evaluation culture (of former pupil or student) to a second evaluation culture (professional) (Nizet, 2013, 2015). In this learning process, these conceptual aspects are essential to support benchmarking of assessment practices (Vial, 2009) as the epistemological status of the knowledge evolves in contact with professional activity.

As part of a research on the process of « assessment literacy » (Mertler, 2004, 2009; Willis, Addie & Klenowski, 2013) we wish to understand the evolution of the reconfiguration of professional knowledge during interactions between the future teacher and his in service associate teacher. We present the result of the analysis of exchanges as told by future secondary teachers concerning assessment problems within the classroom, during their traineeship. The analysis highlights the evolution in the value given to knowledge by the future teacher based on credibility, intelligibility and legitimacy criteria.

7- Circulation de savoirs entre institution de formation et terrains scolaires : analyse de dispositifs de formation à l’enseignement de la production écrite en Suisse romande

p. 69-86

Roxane Gagnon, HEP Vaud, Suisse

Véronique Laurens, Univeristé Sorbonne nouvelle Paris 3, France

Mots-clés : Formation des enseignants, didactique du français écrit, alternance entre institution de formation et terrain scolaire, double triangulation, circulation des savoirs

Résumé : Dans ce texte, nous analysons le traitement de la pratique professionnelle dans deux séquences de formation portant sur l’enseignement de la production écrite. Dans un premier temps, nous observons les caractéristiques des dispositifs de formation prévoyant l’alternance entre le terrain scolaire et l’institution de formation. La focale est ensuite mise sur les interactions entre formateur et formés à l’intérieur de deux activités de formation ciblant le retour sur la pratique. L’intérêt de cette double perspective est de mieux comprendre la circulation des savoirs d’un lieu à un autre et comment cette circulation est mise au service du développement de l’agir enseignant

Title : Circulation of Knowledge between Teacher Training Institution and School field; Analysis of Teachers Training Devices on the Teaching of Written French

Keywords : Teacher Training, Written French Language Instruction, Combined School Field and Training Institution Scheme, Double Triangulation, Circulation of Knowledge

Abstract : In this contribution, we analyse the treatment of professional practice in two training sequences dedicated to the teaching of written French. Firstly, we examine the characteristics of the training devices organised with a combination of school field and training institution scheme. We then focus on interactions between trainer and trainees within two training activities aimed at sharing and reflecting on practicum. The interest of this double perspective lies in the understanding of knowledge circulation between school field and training institution and how this circulation serves the development of teachers’ action.

8- Interagir pour apprendre en gestion de classe au secondaire : analyse du discours des futurs enseignants dans un espace collaboratif

p. 87-99

Pier-Ann Boutin, Christine Hamel,Josée-Anne Gouin, Université Laval, Canada

Mots-clés : Discours collaboratif, futurs enseignants, apprentissage, interaction

Résumé : Afin de soutenir le développement professionnel des futurs enseignants au secondaire lors de leur formation initiale universitaire, et ce, en lien avec le concept de praticien réflexif dans une approche par compétence, un design pédagogique novateur fut mis en place dans un cours dédié à la gestion de classe. En effet, ce design, inspiré des principes de la communauté d’apprentissage (Brown, 1994), a amené les étudiants-stagiaires à développer un discours collectif sur leur pratique professionnelle à travers les enjeux propre à la gestion de classe au secondaire et à leurs préoccupations lors d’un stage de cinq semaines. Nous faisons la prémisse que la participation à l’élaboration d’un discours collectif sur les pratiques professionnelles permet aux étudiants de, non seulement, réfléchir sur leur pratique, mais de faire des apprentissages professionnels durables. Ainsi, notre étude s’attarde à l’engagement des étudiants dans l’élaboration du discours collectif et aux actions leur permettant de faire avancer celui-ci.

Title : Learning-as-participation in a collaborative environment for high school preservice teachers classroom management, a discours analysis

Keywords : collaborative environment, learning, interaction, preservice teachers

Abstract : In order to support the professional development of high school preservice teachers during their initial university training as reflective practitioners an innovative educational design was placed in a classroom management course. With this design, inspired by the principles of the learning community (Brown, 1994), has assisted students to develop a collective discourse on their professional practice through their own issues in the secondary classroom management and their concerns during a five weeks internship. We make the assumption that the participation in the development of a collective discourse on professional practice allows students to not only reflect on their practice, but also to gain significant professional learning. Thus, our study focuses on student engagement in the development of collective discourse and actions enabling them to advance it.

9- Appréhender le développement d’un discours d’expérience sur le travail en accompagnement VAE : vers une analyse des mouvements dialogiques, relationnels, contextuels et interprétatifs

p.100-112

Vanessa Rémery, Univeersité de Genève, Suisse

Mots clés : Validation des Acquis de l’Expérience ; Accompagnement ; Discours d’expérience sur le travail ; Développement.

Résumé : La contribution rend compte des résultats d’une recherche conduite dans un organisme de formation aux métiers socio-éducatifs auprès de plusieurs conseillers en Validation des Acquis de l’Expérience. A partir d’une observation ethnographique, nous nous intéressons à l’activité de ces conseillers au cours des entretiens menés avec les candidats qu’ils accompagnent. Plus spécifiquement, nous cherchons à comprendre comment l’activité qu’ils déploient peut soutenir le développement par le candidat d’un discours d’expérience sur son travail. La recherche s’intéresse à la fois aux transformations des énoncés d’expérience produits par le candidat, mais aussi aux modalités par lesquelles ce qui se dit à propos du travail se transforme dans le dialogue qui s’engage entre le candidat et le conseiller. La question de la contribution du conseiller est centrale pour comprendre le développement du discours d’expérience dans ce contexte. Nous proposons ici des éléments de réponse à cette problématique à partir de l’analyse d’extraits d’entretien en mettant en évidence la façon dont peuvent être repérés différents types de mouvements dans les échanges conseiller/candidat contribuant aux dynamiques développementales en jeu de l’entretien.

Title : Developing discourses of experience about work within the practices of guidance for the Accreditation of Prior Learning : An analysis of dialogical, relational, contextual and interpretive movements

Keyword : Accreditation of Prior Learning ; Guidance ; Experience discourse about work ; Development.

Abstract : The contribution describes the results of a research on the work activity of counselors in the field of Accreditation of Prior Learning. From an ethnographic observations conducted in a training Social Work organization, we analyse the activity of the counselors during the interviews with the candidates they guide. We seek to understand how the activity they deploy can support the candidate’s development of an experience discourse about his or her work. The research focuses both on the transformations of the candidate’s discourses of experience and on the ways in which what is said about work is transformed within the dialogue between the candidate and the counselor. The question of the counselor’s contribution is central to understanding the development of the discourse of experience in this context. We propose here some answers to this problem based on the analysis of real dialogues by highlighting how different types of movements can be identified in the counselor / candidate exchanges contributing to the developmental dynamic observed.

10- Effets formateurs de verbalisations issues d’entretiens d’autoconfrontation

(Le cas de la formation pratique d’agents de soin mortuaire)

p. 113-124

Long Pham Quang, Conservatoire national des arts et métiers, France

Mots-clés : : entretiens d’autoconfrontation simple, processus d’apprentissage, expérience, agents de chambre mortuaire

Résumé : L’article porte sur l’étude de l’apprentissage sur la place de travail du métier d’agent de soin mortuaire. Il s’appuie sur une analyse des verbalisations produites par des stagiaires dans un dispositif méthodologique de recherche reposant sur des entretiens d’autoconfrontation. Ces entretiens se rapportent à des séquences filmées d’apprentissage en situation de travail. L’objectif est d’identifier, dans le cadre de l’interaction tutorale, des traces d’apprentissage du stagiaire dans ses verbalisations, qui peuvent être mises en rapport avec des référentiels hospitaliers.

Les autoconfrontations engendrent des verbalisations à partir de traces filmées de l’activité qui, comme l’a montré la clinique de l’activité, ne sont pas une simple restitution de l’activité telle qu’elle a eu lieu, mais constitue une expérience dont la présente contribution vise à caractériser les aspects formatifs pour les stagiaires engagés.

Les analyses produites mettent en évidence que les entretiens d’autoconfrontations ont un effet formatif outre leur fonction permettant de mieux comprendre l’activité. Dans cette perspective, la contribution s’inscrit tout particulièrement dans un enjeu méthodologique en insistant sur l’analyse des données visant à rendre compte des traces d’apprentissage telles que verbalisées et reconnues par les stagiaires dans leurs interactions avec les tuteurs. Nous interrogeons à cette occasion la dimension formative de cet appareillage méthodologique dans la perspective de participer à la conception de dispositifs de formation destinés à ces professionnels

Title : Learning benefits of verbalizations produced from self-confrontation interviews

(The case of mortuary care staff training)

Key-words : Self-confrontation interviews ; learning process ; experience ; training of mortuary staff

Abstract : The article focuses on the study of workplace learning for hospital’s staff to become mortuary care agents. It is based on the analysis of verbalizations obtained from self-confrontations interviews made with the mortuary care trainees. These interviews are extracted from video recordings taken while trainees carry out their normal task. The goal is to identify, within the context of the interaction between trainees and tutors, signs of learning progress in the trainees’ verbalizations, which could be linked to existing hospital standards.

As demonstrated by the activity clinic methodology, these verbalizations are not just a simple depiction of the work activity as it happened but serve as an experiment to underline the learning benefits for the trainees.

Beyond the benefits of better understanding the trainees work tasks, the resulting analyses indeed support the formative aspect of self-confrontation interviews. In this perspective, the article focuses on a methodological aspect, the data analysis to account for signs of learning such as verbalized and recognized by the trainees in their interactions with tutors. On the occasion, we question the formative dimension of this methodological setting in the prospect of designing training devices for these professionals.

11- Dynamique de positionnement dans les interactions tutorales : une analyse interactionnelle dans le champ de la formation à l’éducation de l’enfance

p. 125-141

Isabelle Durand, Université de Genève, Suisse.

Mots-clés : rapports de place ; positionnement ; interaction ; stagiaire ; tutorat

Résumé : Cette contribution rend compte de travaux, conduits dans le cadre d’une recherche sur la formation à l’éducation de l’enfance à Genève, qui visent à éclairer la problématique du positionnement des stagiaires dans les activités auxquelles ils participent sur la place de travail. L’analyse des indices sémiotiques de participation aux interactions met en évidence les fluctuations des positionnements réciproques des participants aux interactions tutorales, et montre la coexistence de deux relations asymétriques inversées, dans une forme de « double asymétrie croisée ». Dans ce contexte le positionnement des stagiaires est vulnérable aux événements professionnels qui émergent dans le cours de l’interaction

Title : Positioning shifts in mentor-student interactions: an interactional analysis in the field of early childhood educators’ vocational training

Key-words : interrelational positioning ; interaction ; mentoring ; vocational education

Abstract : This contribution reports on a study conducted as part of a research on early childhood educators’ vocational training in Geneva. We wish to better understand the interrelational positioning challenges that the students face during the activities in which they participate in the workplace. The multimodal analysis highlights the frequent shifts of the participants’ reciprocal positions in mentoring interactions, and shows the coexistence of two inverted asymmetrical relations in a form of « double-cross asymmetry ». In this context, the trainees’ positioning is vulnerable to the professional events that emerge in the course of interaction

12- Former à quelle activité socioculturelle ?

p.142-156

Alexandre Buysse, Université Laval, Canada

Mots-clés : activité socioculturelle, formation des enseignants, pratique réflexive, savoirs

Résumé : Nous examinons la formation à l’enseignement en tant que formation à des activités socioculturelles. Nous exposons en quoi la formation peut se décomposer comme étant la participation à trois activités distinctes : l’activité académique, l’activité d’enseignement et l’activité réflexive. Chacune des trois activités est porteuse d’une forme socioculturelle et dispose de particularités dans sa transmission. L’étudiant intériorise ainsi trois formations différentes et trois manières différentes de penser et d’élaborer du savoir. Après avoir décrit le cadre théorique qui permet de circonscrire une forme socioculturelle et son lien avec l’activité, nous décrivons les modes de transmission et les trois activités étudiées. Finalement, nous dégageons des propositions quant à la formation des enseignants.

Title : Which sociocultural activity are teachers trained for?

Keywords : sociocultural activity, teacher education, reflexive practice, knowledge

Abstract : We examine teacher education as the education to sociocultural activities. We detail how teacher education can be considered as the participation into three different activities: that academic activity, the teaching activity and the reflexive activity. Each of those three activities is mediating a sociocultural form and has typical traits in its transmission. The student thus internalizes three different training and three different ways of thinking and elaborating knowledge. We present the theoretical framework that enables us to outline a sociocultural form and its link with the sociocultural activity. We then describe the different modalities of transmission of these activities. We finally elaborate on some proposals regarding teacher education.

 

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La place de la recherche en sciences humaines, sociales et économiques dans les écoles d’ingénieurs

Volume 4 numéro 2

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Coordonnateurs du numéro:

Michel Sonntag, INSA, Strasbourg, France François Gitzhofer, Faculté de génie, Université de Sherbrooke, Canada Michel Lejeune, École polytechnique de Montréal et INRS, Canada

Que la formation des ingénieurs ne se réduise pas aux sciences et techniques et comprenne aussi une formation en sciences humaines, sociales et économiques (SHSE) se comprend dès lors que l’on prend en considération les activités réelles des ingénieurs et leurs fonctions dans les entreprises. Celles-ci ne se limitent pas au calcul scientifique et la conception et fabrication technique, l’ingénieur est aussi chef de projet, responsable d’équipe, manager, dirigeant d’entreprise… Il peut être confronté à des prises de décision à forts enjeux sociétaux, à d’autres cultures et valeurs que les siennes. Il est pris dans des relations professionnelles où le comportement stratégique des acteurs est souvent central … Mais la question de cette formation ne va pas sans dire. Par qui est-elle assurée ? Comment est-elle assurée ? Repose-t-elle sur des champs scientifiques ? Est-elle adossée à la recherche ? La formation des ingénieurs ouverte sur les SHSE Positionnement de la formation des ingénieurs, par rapport à cette question . Si quelques postes statutaires en SHSE existent dans certaines Écoles, le plus souvent les enseignements en SHSE sont confiés à des consultants et intervenants extérieurs qui ne font pas partie du corps des enseignants titulaires des Écoles. N’est-ce pas une façon de dire que malgré les affirmations de bonne intention, on estime que ces enseignements ne font pas partie des mêmes types d’enseignements que les sciences et techniques ? Les formations économiques, sociétales et humaines sont-elles soutenues par des activités de recherche en sciences humaines, économiques et sociales dans les Écoles d’ingénieurs ? Quelle place les établissements d’enseignement supérieur qui ont en charge la formation des ingénieurs réservent-elles à la recherche en SHSE ? Dans les Écoles les formations scientifiques et technologiques (sciences pour Ingénieurs) sont adossées à la recherche à travers des laboratoires parfois partagés entre établissements. Qu’en est-il pour les SHSE ?  Dans quelle mesure, par exemple, l’institution supporte-t-elle la recherche scientifique sur la question du rapport entre technologie et société dans la profession de l’ingénieur ? En quoi les cours qui sont offerts dans les programmes universitaires reposent-ils sur des fondements scientifiques à jour ? D’autres questions se posent également par rapport à la qualité de l’enseignement des sciences humaines et sociales. Quelles sont par exemple les qualifications scientifiques, l’expérience et les compétences des enseignants qui dispensent les cours en sciences sociales et humaines ? En quoi l’institution renforce-t-elle l’apport de la recherche scientifique à l’enseignement des sciences sociales et humaines ? C’est à ces différentes questions que se consacre ce numéro.

1.      Introduction

Michel Sonntag, INSA, Strasbourg, France

François Gitzhofer, Faculté de génie, Université de Sherbrooke, Canada

Michel Lejeune, École polytechnique de Montréal, Canada

p.1-4

2. La technique est-elle condamnée à entrer par effraction dans notre culture

Marianne CHOUTEAU, Marie-Pierre ESCUDIE, Joëlle FOREST et Céline NGUYEN, INSA, Lyon, France

  1. 5-16

3. Évolutions de la formation et de la recherche en sciences humaines et sociales dans les écoles d’ ingénieurs en France

Auteur : Catherine Roby, Université de Rennes 2

p.17-33

 4.     L’ apport de la sociologie de la technologie à la professionnalisation de l’ ingénieur

Michel Lejeune, École polytechnique de Montréal

p.34-42

  5. Réflexions sur 25 ans de formation aux relations humaines dans une école d’ ingénieurs

Jean-Gabriel Offroy, ISTI, Ecole Internationales du traitement de l’’information

p.43-53

6.     L’ invention de la créativité

Christian Michelot, École centrale de Paris

p. 54-61

 

 

 

 

 

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L’activité humaine au coeur du travail

Volume 4 numéro 1 (accéder au numéro)

L’activité est un « ensemble de processus par et dans lesquels se trouve engagé un sujet humain, individuel ou collectif, dans ses rapports avec son environnement (un contexte, une situation). Par cette activité, des transformations de lui-même s’opéreraient à cette occasion… Les composantes de l’activité humaine seraient susceptibles d’être distinguées à partir du repérage de régularités ou d’invariants dans leurs processus de production et dans leur produit, et caractérisables en termes de procès » (Barbier, 2011, p. 25). Analyser l’activité du travail invite à observer de près les processus tout autant que les sens, significations et intentions exprimés par le sujet. L’activité appelle de la part de l’analyste, d’une part, une analyse des procès de construction et de développement de l’activité, d’autre part, une compréhension des projets et des intentions des sujets se transformant dans et par l’activité qu’il s’agisse des travailleurs ou des sujets-objets de l’activité-intervention comme c’est le cas dans les métiers adressés à autrui ou encore des différents objets-produits-services issus de l’activité. L’analyse compréhensive des différentes figures, modèles et dimensions de l’activité conduit à analyser celle-ci indissociablement des sujets-acteurs de cette activité. Ainsi, les différents cadres de référence ayant pour projet d’analyser l’activité du travail ont tous pour point commun de lire et de comprendre l’activité du travail dans ses relations avec les environnements, les contextes, les situations et dans ses rapports étroits avec les sujets humains impliqués selon différents projets de sens dans l’activité. La place du sujet est essentielle dans la compréhension de l’apprentissage professionnel. On ne peut décrire l’activité du travail en considérant le sujet comme une simple variable de la situation ou de l’agir professionnel. Dès lors, l’activité ne peut être décrite « froidement » comme une situation a-personnelle, comme si le sujet n’était qu’un instrument de l’activité du travail. Le sujet n’est pas qu’un simple alibi d’un discours négligeant le travailleur au profit d’une valorisation de la compréhension de l’activité, elle-même orientée vers un objectif de productivité et de rentabilité. La place du sujet est centrale. Dans les métiers adressés à autrui, le sujet humain est à la fois l’intervenant et le bénéficiaire de l’activité du travail. Il est ce qui distingue et ce qui spécifie ces métiers. Il est aussi ce qui unit et réunit un ensemble d’agirs professionnels dans cette quête d’une valorisation de l’humaine condition. L’activité humaine, telle que présentée dans ce numéro est donc bel et bien au cœur du travail.

1. Les processus de relégation scolaire : une lecture en contre-jour du rôle attribué à l’enseignant spécialisé.

Lise Gremion, HEP Vaud, Suisse

p.1-13

 

2. Interventions du superviseur lors de séances de rétroaction visant le développement de la réflexivité : étude de la variabilité inter-superviseurs

 Marie Bocquillon, Arnaud Dehon, Antoine Derobertmasure, Université de Mons, Belgique

P. 14-27

 

3. Un soutien dans le processus d’accompagnement-citoyen : une nécessité pour une potentielle professionnalisation ?

Pierre-Yves Therriault, UQTR, Jacinthe Samuelson, CREGES, Canada

p.28-39 

 

4. Apprendre à l’âge adulte : entre imitation et émancipation

Henri Vieille-Grosjean, Gabriel Di Patrizio, Université de Strasbourg

p.40-50

5. Les enseignants du secondaire à l’épreuve de la loi de 2005

Pascal Guibert, Nadine Le Corre , Université de Nantes, France

p.51-63

6.     L’activité de démoustication, entre contraintes techniques, écologiques et sociales

Sophie Pécaud, Université de Nantes, France

P. 64-78

 

 

 

 

 

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Coopérer ? Mettre à jour les reliances de l’alternance en formation et ses effets sur les processus de construction identitaire des alternants

Symposium organisé par Philippe Maubant, Université de Sherbrooke et Pascal Roquet, CNAM

Dans le cadre de la Biennale internationale de l’éducation (30 juin au 3 juillet 2015)

L’alternance, figure éducative et pédagogique des politiques et des dispositifs de formation professionnelle, est aujourd’hui, à nouveau, omniprésente dans les discours politiques et sociaux visant à défendre un rapprochement plus significatif et plus efficace entre la formation et l’emploi. Se redéployant sous l’argumentaire des injonctions à la professionnalisation, l’alternance constitue une dimension structurante de la formation professionnelle. Elle poursuit son mandat de réconcilier l’école et la vie (Houssaye, 1987). Elle est marquée de toutes les espérances dans sa capacité à rapprocher, voire à mieux articuler les situations de formation et les situations de travail. Elle porte aussi en elle d’autres ambitions en interpelant différentes problématiques, comme celle de la pédagogie par alternance (Maubant, 2007), de la question des temporalités en formation (Roquet et al., 2013) ou bien encore celle des pratiques formatives de certains acteurs de l’alternance (Mazalon, Gagnon et Roy, 2014), comme les superviseurs ou les tuteurs. L’alternance constitue aussi un slogan et une figure éducative. En effet, elle participe des discours sociaux sur et pour la professionnalisation (Demazière, Roquet, Wittorski, 2012). À cet égard, elle contribue à une réorganisation des curricula et des dispositifs de formation dans et par les situations de travail. Le slogan de l’alternance semble donc intimement lié au discours politique et organisationnel sur la professionnalisation. Mais elle est aussi une figure éducative de la professionnalisation dans la mesure où elle est porteuse d’une ambition pédagogique, celle de favoriser et de faire réussir les apprentissages des « alternants ». La valeur ajoutée attendue de l’alternance est donc tout autant politique et stratégique qu’éducative et pédagogique. L’alternance est aujourd’hui engagée dans sa propre institutionnalisation. Elle se définit dans le cadre de réponses globales aux problématiques d’insertion et de formation tout au long de la vie et se caractérise par une grande hétérogénéité de formes et de pratiques. L’institutionnalisation de l’alternance est aussi une question de construction de sens : sens identitaire, sens social, sens éducatif et sens pédagogique Il demeure que pour penser et mettre en oeuvre l’alternance en formation un construit et un paradigme semblent constamment présents, en filigrane, lorsque l’on étudie les discours sur l’alternance : le construit de reliance (Morin, 1977, Le Moigne, 2008) et le paradigme de la coopération. La reliance semble en effet un construit représentatif et symbolique du paradigme de la coopération structurant les rapports entre les différents acteurs de l’alternance. En effet, pour penser et mettre en oeuvre l’alternance en formation, une condition conceptuelle et paradigmatique semble devoir être présente.

Certes, il s’agit de favoriser la mise en relation, l’émergence d’interrelations, la stimulation d’interactions entre les différents acteurs de la formation, et implicitement, entre les différentes situations potentiellement formatives, entre les différents espaces et temps constitutifs du processus de professionnalisation. Mais il s’agit aussi de donner sens à ces reliances à partir de figures ou de modèles comme celui de la coopération par exemple. Soutenir le recours au construit de reliance et au paradigme de la coopération contribue sans doute à envisager les reliances sous la forme d’un dialogue, voire d’une tension dialectique, tension qui interroge de fait le sens et la forme de la coopération. Définir, décrire et caractériser les reliances conduit à débattre du statut, du sens et de la forme d’un mode de collaboration entre acteurs de l’alternance, de type coopératif. Dès lors, définir cette collaboration de type coopératif constituerait selon nous un cadre pertinent pour convoquer le construit de reliance, instruire son procès en ce sens d’en débattre de son usage et de sa pertinence. De fait, débattre du construit de reliance dans et par une mise en question du statut, du sens et des formes de la coopération nous permettrait de redessiner la figure éducative et pédagogique de l’alternance en formation, tant sur le plan de sa construction macro-­‐politique et macro-­‐stratégique que sur le plan méso-­‐organisationnel. En proposant ce débat croisé sur le construit de reliance et sur le paradigme de la coopération, nous cherchons aussi à comprendre les effets de ces reliances sur les processus de constructions et de transformation identitaires des acteurs de l’alternance. Ainsi ce symposium cherchera-­‐t-­‐il à répondre aux questions suivantes : 1. Quels impacts le recours au construit de reliance a-­‐t-­‐il sur la manière de penser, de décrire, de caractériser et de comprendre la coopération dans et par les formations par alternance ? 2. De quelles manières et à quelles conditions l’usage du construit de reliance permet-­‐il de saisir les processus de construction et de transformation identitaires des acteurs de l’alternance ? 3. Le recours au construit de reliance permet-­‐il de penser autrement l’alternance en formation ? 4. L’usage du construit de reliance pour décrire et comprendre les différentes configurations de l’alternance nécessite-­‐il de préciser préalablement la coopération dans sa forme organisationnelle mais aussi dans sa forme pédagogique ?

Bibliographie  :

Demazière, D., Roquet, P., Wittorski, R. (2012). (Dir.). La professionnalisation mise en objet. Paris : L’Harmattan. Houssaye, J. (1987). École et vie active. Résister ou s’adapter ? Neufchâtel : Delachaux et Niestlé

Le Moigne, J.-­‐L. (2008). Edgar Morin. Le génie de la reliance. Synergies-­‐Monde, 4, 177-­‐184

Maubant, P. (2007). Penser l’alternance comme logique de professionnalisation des enseignants. In Vanhulle, S., Merhan, F. et Ronveaux, C. Alternances en formation. Raisons éducatives numéro 11, 67-­‐82.

Mazalon, É. Gagnon, C., Roy, S. (2014). L’encadrement des stagiaires en milieu de travail : étude exploratoire dans un cadre formel d’alternance en formation professionnelle initiale. Éducation et francophonie, Vol. XLII, 1,113-­‐135. Morin, É. (1977). La méthode. T1. Paris : Le Seuil.

Roquet, P., Goncalves, M.J., Roger, L., Viana-­‐Caetano, A.P. (2013). Temps, temporalités et complexité dans les activités éducatives et formatives. Paris : L’Harmattan

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Quelle place pour les fondements de l’éducation dans le travail éducatif aujourd’hui ?

Numéro coordonné par Lucie Roger, Université du Québec à Montréal

Disponible aux éditions Champ Social (achat individuel et abonnement individuel). Disponible sur la plateforme Érudit (abonnement institutionnel)

Décrire, analyser et comprendre le travail éducatif dans les professions de l’humain invite à une lecture d’un agir professionnel en situation intégrant dialectiquement la saisie de plusieurs processus ; anticipation, conception, action, réflexion critique. Le travail éducatif vise à créer les conditions d’un apprentissage transformateur chez autrui. Il convoque différents savoirs. Mais quels fondements sont à l’origine de ces savoirs sollicités par les professionnels du travail éducatif ? Les doctrines et conceptions éducatives comme les idées pédagogiques traversent l’histoire de ces professions et les histoires de ceux et celles qui les exercent. Or, force est de constater que ces conceptions ou doctrines éducatives, ces idées ou théories pédagogiques s’accompagnent souvent de deux ambitions : l’innovation et l’efficacité. Ces deux ambitions soulignent sans doute la part d’utopie constitutive de tout projet d’éducation et dès lors de tout travail éducatif. Mais elles nous encouragent aussi à déceler en elles l’origine patrimoniale de leurs thèses ou propositions. Nous proposons dans ce numéro une lecture de quelques conceptions éducatives et idées pédagogiques exprimant ces ambitions d’innovation et d’efficacité que nous souhaitons soumettre au double regard critique, celui des penseurs de l’éducation et celui des pédagogues que sont les professionnels de l’humain.

Sommaire du numéro:

1-Introduction

p.1-3

Lucie Roger, Université du Québec à Montréal

2-Épicure et l’enseignement à distance

p. 4-13

Mathilde Cambron-Goulet, Université du Québec à  Montréal

Mots-clés : Épicure, enseignement à distance, épistolaire, communauté d’apprentissage

Résumé : L’éducation suppose que l’élève apprenne lorsque l’enseignant enseigne : s’il n’y a pas d’apprentissage, il serait absurde de croire qu’il y a eu un enseignement Or, dans le cas de l’enseignement à distance, il s’avère parfois difficile de s’assurer de la participation de l’élève, particulièrement lorsque l’enseignement et l’apprentissage sont décalés. Dans ces cas, l’usage de certains procédés narratifs ou stylistiques susceptibles d’interpeller le lecteur peut amener celui-ci à participer activement au cours qu’il lit L’activité propre du lecteur est ainsi favorisée notamment par le dialogue, qui l’invite à s’identifier à l’un des personnages, qu’il s’agisse du répondant ou plutôt d’un des personnages muets qui assistent le plus souvent à la scène) Le genre épistolaire a le même effet dans la mesure où il évoque, justement, un dialogue.  Cette étude vise à examiner les procédés stylistiques employés par Épicure à des fins didactiques, afin de les mettre en parallèle avec des études contemporaines sur l’enseignement à distance.

Title :Epicure and distance learning

Keywords : Epicure, distance learning, epistolarity, learning communities

Abstract : Education implies that a student learns when the teacher teaches : if there is not learning, it would be absurd to think that teaching has occured. However, in the case of distance learning, it is sometimes difficult to ensure the participation of the student, particularly when there is a time gap between teaching and learning. Under these circumstances, using certain narrative or stylistic devices prone to solicit the reader may bring the latter to actively take part in the course she is reading). The dialogue is one of the literary devices that improves the reader’s cognitive activity, because she then identifies either with the respondant or with a silent witness. Epistolarity has a similar effect because it evokes a dialogue. This paper studies the literary devices used in Epicure’s letters along with recent research on distance learning, to highlight their didactical purposes.

3-Rousseau et l’éducation : Apports et tensions

p. 14-22

Stéphane Martineau, Université du Québec à Montréal

Alexandre Buysse, Université Laval

Mots-clés : Rousseau, théories de l’éducation, enseignement-apprentissage

Résumé : Nous présentons brièvement la pensée éducative ressortant des écrits de Jean-Jacques Rousseau au 18e siècle, pour ensuite la mettre en tension avec certaines théories de l’apprentissage qui ont cours aujourd’hui. Nous cherchons à mettre en lumière en quoi Rousseau peut encore contribuer aujourd’hui à penser l’éducation, mais aussi en quoi sa pensée est en tension avec certains paradigmes contemporains. Nous concluons en soulignant la nécessité de réfléchir à tous les principes de l’enseignement/apprentissage en tenant compte de la finalité de contribuer au développement d’un être humain au potentiel unique, capable de devenir un être autonome et libre, participant activement à son devenir et à celui de la société.

Title : Rousseau and education : contributions and tensions

Keyword : Rousseau, educational theory, teaching and learning

Abstract : Rousseau’s thoughts on education are being presented and then put in tension with todays educational conceptions. We aim at highlighting in how far Rousseau’s work can still contribute to conceive teaching and learning, but also how it is in tension with some contemporary educational tenets. We conclude by emphasising the need to reflect all teaching and learning taking into account the objective to allow the development of a human being bestowed with a unique potential, that of being able to become autonomous and free, actively taking part in his and his society’s future.

4- Expérience et projet : la pensée de Dewey traduite en action pédagogique

p.23-34

Marc Boutet, Université de Sherbrooke

Mots-clés : Apprentissage expérientiel-Pédagogie-Projet

Résumé : John Dewey parle du sujet comme d’un « agency of doing » qui, par son action, s’efforce de créer du sens. À partir de cette conception, Dewey propose de nouveaux principes d’enseignement mettant l’accent sur l’apprentissage dans un contexte d’activité libre plutôt que dans un contexte de discipline contraignante. L’apprenant n’est plus seulement invité à se représenter le phénomène à comprendre, il est en quelque sorte invité à aller à sa rencontre, à en faire l’expérience, celle-ci étant définie comme une transaction entre l’être humain et son environnement physique et social. Dewey affirmait également que l’absence d’une continuité dans l’expérience marque l’amorce de la démarche d’apprentissage, qu’il nomme démarche d’enquête (inquiry), laquelle n’est plus décrite comme essentiellement individualiste, ce qui fonde sa perception épistémique de la démocratie. Après avoir décrit brièvement notre rencontre avec la pensée éducative de Dewey, nous tenterons d’établir, à partir de sa conception de l’action, de l’enquête et de la démocratie, comment sa pensée peut être considérée comme fondatrice d’une innovation pédagogique majeure symbolisant la réforme de l’éducation au Québec des années 2000 : l’approche par projet.

Title : Experience and project : Dewey thought translated into pedagogical action

Keywords : Learning by doing, pedagogy, project

Abstract : John Dewey talks about child as an « agency of doing » which, by its action, strives to create meaning. From this view, Dewey offers new teaching principles focusing on learning in a context of free activity rather than in a context of restrictive discipline. The child is no longer just invited to represent the phenomenon to understand, it is somehow invited to meet him, to experience it, it is defined as a transaction between the human being and physical and social environment. Dewey also said that the lack of continuity in the experience marks the beginning of the learning process, he called inquiry, which is no longer described as essentially individualistic, which epistemic bases its perception of democracy. After briefly describing our meeting with Dewey’s educational thought, we will try to establish, from his conception of action, investigation and democracy, how his thought can be considered as the founder of an innovation major educational symbolizing education reform in Quebec of the 2000s: the project approach.

5- L’alternance, un concept à étudier à la lumière des conceptions éducatives et des idées pédagogiques de l’Éducation nouvelle

p.35-47

Philippe Maubant, Université de Sherbrooke

Mots-Clés: Alternance, Aprentissage, Culture, Éducation nouvelle, Expérience

Résumé : Cet article propose de rompre avec cette approche fantasmée de l’alternance. Loin de ses injonctions politiques, organisationnelles, stratégiques, gestionnaires et somme toute bureaucratiques, nous proposons ici une autre lecture de l’alternance en l’étudiant à l’aune de la pédagogie. En situant notre réflexion dans une conception de la pédagogie telle qu’elle s’exprime chez les pédagogues se réclamant des principes et des valeurs de l’Éducation nouvelle, nous invitons à dépasser la conception formatée de l’alternance en la considérant comme une réflexion sur les rapports entre éducation et culture.

Title: Alternation, a concept to study in the light of  educational concepts and teaching ideas of New Education

Keywords: Alternation, Culture, Experience, Learning, New education,

Abstract :This article proposes to break with the idealized approach of alternation. Far from political injunctions, organizational, strategic, managerial and bureaucratic after all, we propose a different reading of the alternating student in terms of pedagogy. By locating our thinking in a conception of pedagogy as expressed in teachers claiming the principles and values of the New Education, we invite you to exceed the formatted design of alternating considering it as a reflection on the relationship between education and culture.

6- Le maître cultivé : Sa définition et ses implications pour une modélisation

p. 48-59

Lucie Roger, Université du Québec à Montréal

Mots-clés : Culture, curriculum, éducation, maître cultivé

Résumé : La visée de professionnalisation présente dans la réforme de la formation des enseignants du Québec de 2001 n’est pas qu’un simple principe déterminant le sens et l’organisation du curriculum de formation à l’enseignement. Elle s’incarne aussi dans un modèle d’enseignant. Pour les concepteurs du référentiel de la formation à l’enseignement, être un maître professionnel, c’est être avant tout héritier, critique et interprète de la culture. Dès lors, un maître professionnel, c’est en premier lieu un maître cultivé.

Title : Cultivated teacher: Definition, implication for modeling

Key-words : Culture, cultivated teacher, curriculum, education,

Abstract : The professionalization goal inside the 2001 Quebec reform of teacher’s training is not a simple principle determining direction and organization of teacher education curriculum. It is also embodied in a teaching model. For designers of teacher education curriculum, be a professional teacher is above all be heir, critic and interpreter of culture. Therefore, a professional teacher is primarily a cultivated teacher.

7- Défis de l’éducation européenne : intégrer le monde, habiter l’Europe, être bien chez soi

p.60-71

Małgorzata Piasceca, Académie Jan Długosz

Mots-clés : éducation européenne, racines philosophico-pédagogiques de lidée deuropéanité, dialogue malgré les différences, indépendance-innovation-coopération, intégration-intention-interprétation-imagination-intuition

Résumé : L’auteure attire l’attention sur trois questions importantes. Sa réflexion porte sur les racines philosophico-pédagogiques de l’idée « d’européanité ». Elle se focalise ensuite sur un inventaire de lEurope communautaire, à laide un prisme allant de lextérieur (le monde), vers lintérieur (lEurope). Elle propose une trame danalyse considérant que léducation est en lien avec la culture du continent, de la même façon que lEurope est un fragment du monde. Lauteure montre, avec des « ponts » dinterprétation permettant la description de léducation conçue de façon holistique, comment intégrer le monde, habiter lEurope et être bien chez soi. Dans cette optique, elle présente une réflexion personnelle sur le thème de la stratégie pour et dans l’éducation.

Title: Challenges for European Education: to integrate the world, live in Europe, to be in yourself.

Keywords: european education, philosophical and pedagogical roots of the Europeanness idea, dialog despite differences, independence-innovation-cooperation, integration-interpretation-imagination-intuition

Abstract: The authoress focuses her attention on three major issues. She starts her deliberations by referring to the roots of philosophical and pedagogical ides of Europeanism. Then, she describes contemporary Europe from the perspective: of the world (external) and Europe itself (internal) creating a perspective for further analyses. Assuming that education is a screen of culture, the authoress points out interpretative bridges aimed at portraying education  holistically understood as: being in the world, in Europe, “at home”. Ultimately, she shows the challenging areas for education, which should integrate three modi of contemporary man’s existence:  cosmopolitan, European, ethnic.

 

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Préposés aux bénéficiaires et aides-soignantes. Entre domination et autonomie.

aubry-couturier

Sous la direction de François Aubry et Yves Couturier

Préface de Michel Lemelin

Presses universitaires de Québec

2014

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François Aubry et Yves Couturier proposent un ouvrage très bien documenté, basé sur la présentation de recherches de terrain, essentiellement de type ethnographique, sur le travail des préposés aux bénéficiaires et aides-soignantes. Ils montrent que ces acteurs font l’objet d’une injonction paradoxale : porteurs de pressions et de responsabilisation, ils ne peuvent cependant pas s’appuyer sur les ressources et conditions organisationnelles et institutionnelles qui leur permettraient de développer et de faire reconnaitre les compétences requises pour répondre aux situations dans lesquelles ils sont plongés.

Cet ouvrage contribue – dans la ligne des recherches menées par Anne-Marie Arborio et Pascale Molinier sur les aides-soignantes – à produire des connaissances sur un public encore bien peu étudié sur le terrain des pratiques de soin et d’accompagnement. Dans le contexte québéquois, de tels travaux ont été initiés par François Aubry, Yves Couturier et Francis Etheridge. Faisant suite à un colloque, ce livre témoigne de la vigueur de la dynamique de recherche ici désormais instaurée sur un public dont l’importance et la complexité croissante du travail commence à se faire jour grâce à ces recherches scientifiques.

En effet, ce public est dédié mais aussi relégué aux tâches relevant de la catégorie généralement définie par le care. Il produit des connaissances et compétences qui sont souvent peu visibles, source d’autonomie et d’autonomisation limitées pour celles qui les pratiquent. Moins connu et reconnu que les infirmières et médecins, il assure néanmoins, comme le rappelle François Aubry en introduction, 80 à 90 % des actes de soin envers patients et résidents. Ce public est aussi à 80 % représenté par des femmes au Québec et 90 % en France, ce qui constitue l’un des aspects important à considérer si l’on veut comprendre les fondements symboliques de sa domination et certaines impasses de sa professionnalisation.

Si les aides-soignantes (dénomination en France et en Belgique) ou les préposés aux bénéficiaires (appellation québecoise) ont le plus souvent une faible visibilité dans l’espace médiatique, elles apparaissent néanmoins lors du dévoilement de cas de maltraitance envers leurs aînés. Seule la face négative de l’activité de certains est alors médiatisée.

Or, ces faits, méconnaissance d’un côté, médiatisation des déviances de l’autre, nuisent aux termes du débat. En effet, les auteurs du livre soulignent, par leurs travaux de terrain et analyses, la responsabilité croissante de ces personnes soignantes. Elles doivent réaliser des pratiques de qualité, tout en étant soumises à de fortes charges de travail dans un contexte de rapports hiérarchiques qui a très peu évolué. Conjointement, elles doivent faire face aux revendications croissantes des résidents et de leurs familles. Ce contexte et ces charges accrues induisent pour elles des problèmes de santé et de sécurité au travail qui s’avèrent récurrents.

L’ouvrage montre les différences importantes qui peuvent marquer ces pratiques selon qu’elles se déroulent au domicile des personnes ou en institutions. Surtout, il ne se contente pas de décrire, ce qui serait déjà fort utile, le travail des professionnels et les difficultés qui leur sont propres, il propose aussi une analyse de ces difficultés qu’on peut résumer, sans les réduire les unes aux autres, par une vision systémique.

Ainsi, les auteurs s’accordent pour montrer que les situations médiatisées de maltraitance de personnes vulnérables, loin de reposer uniquement sur celui ou celle qui est alors dénoncé, comportent une dimension politique, organisationnelle, institutionnelle qui, tout autant que l’acte déviant, est à relever. Sinon – et jusqu’ici c’est souvent le cas – l’individualisation de la réponse nuit à la résolution du problème de fond.

Les organisations hiérarchisées, pyramidales, dans la ligne de l’organisation hospitalière, laissent peu d’initiatives reconnues aux personnes qui travaillent directement et dans la durée auprès des personnes vulnérables. Les modes de gestions tayloriens peuvent venir s’inscrire à l’encontre des finalités pourtant assignées à ces professionnels en matière de centration sur les besoins des personnes soignées.

Ces professionnels exercent des activités amenées à croître, avec le vieillissement de la population alors même qu’elles s’exercent déjà sous tensions fortes. Ces tensions sont à rattacher à la fois aux modes organisationnels de gestion de ces activités, aux difficultés inhérentes aux situations d’incertitudes rencontrées par les personnes et les équipes, à la nature de ces activités qui intriquent inévitablement sphère privée, intimité, relations affectives, familiales et professionnelles.

Le manque de reconnaissance que ces personnes subissent et les pressions croissantes qui s’exercent sur elles dans un contexte où la tension au niveau des coûts, vient se cumuler aux autres, sans que les moyens pour y faire face soient déployés de façon cohérente. Ce processus engendre inévitablement une certaine labilité dans l’exercice de ce travail qui, en boucle, nourrit les difficultés précitées.

Présentation des différentes parties de l’ouvrage

L’ouvrage est construit sur la base de plusieurs études sur les aides-soignantes et les préposés aux bénéficiaires. Elles travaillent soit dans les organisations de soins et de santé, soit à domicile. L’ensemble de ces terrains est donc abordé sous la forme de quatre thématiques transversales à trois contextes. Ces thématiques sont les suivantes : le rapport aux patients et aux résidents, l’approche du Milieu de Vie[1] et la qualité des pratiques, la santé au travail, la professionnalisation des aides-soignantes et des préposés aux bénéficiaires.

Dans la première partie, les auteurs relèvent l’importance fondamentale de l’organisation du travail dans le développement des conflits et des actes de maltraitance et la nécessité de prendre en compte le collectif de travail dans la réalisation d’actes relationnels de qualité.

Emilie Raizenne montre, sur le terrain des centres d’hébergement et de soins de longue durée, que les préposés sont au cœur des tensions entre revendications individuelles et injonctions organisationnelles. Ils éprouvent de ce fait une grande souffrance morale sur laquelle ils disposent de peu de leviers pour pouvoir agir. Louise Belzile, Caroline Pelletier et Marie Beaulieu se sont intéressées à la maltraitance en institution de soins de longue durée. Cette dernière concerne le plus souvent les aspects non techniques, mais relationnels de leur rôle. Or, les auteurs montrent que la responsabilité des situations de maltraitance, loin de reposer uniquement sur des individus déviants, relève d’un processus distribué au sein des organisations. Ces dernières tendent à faire porter sur les relations interindividuelles entre préposés et bénéficiaires l’incertitude des situations de soins complexes en milieu collectif. Isabelle Feillou, Marie Bellemare, Annabelle Viau-Guay, Louis Trudel, Johanne Desrosiers et Marie-Josée Robitaille ont travaillé sur l’approche relationnelle des soins en institutions de soins de longue durée. Cette approche est ancrée sur la philosophie du Milieu de Vie. Ils relèvent avec prudence — dans la mesure où l’étude concerne un terrain particulier — les questions posées par le déploiement de cette approche. Selon eux, elle s’avèrerait d’autant plus efficace qu’elle concernerait l’ensemble du collectif de travail impliqué dans l’institution et non seulement une catégorie ciblée de personnel.

Dans la seconde partie de l’ouvrage, sont analysés les effets des nouvelles normes de qualité de l’Approche Milieu de Vie — impulsées au sein des organisations gériatriques — sur les pratiques concrètes des préposés aux bénéficiaires. Les auteurs montrent comment les responsabilités accrues pour les préposés rencontrent les contraintes liées à la faiblesse de leur statut professionnel avec une faible marge d’autonomie et de reconnaissance dans l’organisation. Yves Couturier, Francis Etheridge et Malika Boudjémaa analysent la double contrainte dans laquelle sont pris les préposés aux bénéficiaires : ils sont à la fois poussés à une professionnalisation, mais ne bénéficient pas d’un contexte de travail qui lui soit favorable. Ils soulignent notamment le poids des références asilaires ou hospitalières sur des modèles de prises en charge mal adaptés au soin des personnes âgées malades chroniques. Les préposés, comme les bénéficiaires de leurs actions, sont plongés dans un type d’organisation qui nuit à leurs autonomies tout en promouvant un discours qui la promeut. Malika Boudjémaa et Yves Couturier poursuivent cette analyse en s’attachant à considérer le point de vue des préposés aux bénéficiaires sur l’approche Milieu de vie. Ils soulignent les limites de l’organisation asilaire pour répondre aux problèmes d’hébergement de qualité en institution, ils relèvent des progrès initiés par l’approche Milieu de vie, mais aussi les limites inhérentes aux modes d’organisation et de hiérarchisation encore dominants.

François Aubry, Yves Couturier et Frédéric Gilbert, mettent clairement en évidence que les préposés aux bénéficiaires restent très peu reconnus pour les responsabilités morales croissantes qu’on leur demande cependant d’exercer. Aux prises avec des injonctions organisationnelles et collectives parfois contradictoires, ils mettent pourtant en place des processus d’adaptations aux situations qu’ils vivent qui seraient source d’innovation, pour peu que les gestionnaires de changement en institutions de soins de longue durée s’y intéressent de plus près.

Dans la troisième partie, les auteurs se penchent sur la question de la santé au travail des préposés aux bénéficiaires. Ces derniers sont de plus en plus reconnus comme des acteurs professionnels susceptibles de rencontrer de graves problèmes de santé dans le cadre de leur activité. Les auteurs relèvent que la souffrance organisationnelle est d’autant plus ressentie que ces personnes manquent d’autonomie pour gérer les risques qui les affectent dans la situation de domination où ils se trouvent.

Henriette Bilodeau et Geneviève Robert-Huot se sont intéressées au rapport entretenu par les préposés aux bénéficiaires avec les règles de prévention et de contrôle des infections nosocomiales. Elles soulignent notamment le poids de l’implication du management dans le respect de ces règles par l’ensemble des personnels et non une catégorie en particulier. Johanne Boivin montre que la question de la souffrance au travail dans les organisations de santé est liée à celle de l’autonomie de l’ensemble des personnes impliquées dans les soins. Cette autonomie, loin d’être abstraite, se loge dans l’organisation précise des micros décisions qui s’imposent dans les situations de soins dans lesquelles sont généralement impliqués les préposés aux bénéficiaires. La souffrance organisationnelle résulte d’un manque d’autonomie des personnels les conduisant parfois à agir contre l’éthique des soins, pourtant prônée, lorsqu’ils sont pris dans des injonctions contradictoires.

Fanny Dubois développe une analyse ethnographique du travail des aides-soignantes en Belgique. Elle montre comment leur travail qui consiste aussi à prendre en charge ce qui provoque le dégout des autres tend à asseoir dans cette particularité une facette du pouvoir qui leur est propre.

La quatrième partie explore les conditions nécessaires à la professionnalisation des métiers d’aides-soignantes et des préposés aux bénéficiaires. De par leur faible position statutaire, ils sont en situation de domination hiérarchique, mais aussi symbolique. La qualification de leurs pratiques oscille à la frontière de compétences professionnelles et domestiques.

Catherine Gucher s’est intéressée au travail des aides-soignantes à domicile en France où elles interviennent en croisant les auxiliaires de vie sociale et les aides à domicile. Ces différents intervenants, aux frontières mal définies, œuvrent en tension pour défendre des territoires et des autonomies professionnelles fragiles, et ce, aux dépens de l’autonomie de l’usager face à ces différents modes d’interventions. Il apparaît difficile pour l’ensemble de ces personnes d’être reconnues de par le brouillage, dans ce secteur, entre expertises savante et profane.

Catherine Gucher et Annie Mollier soulignent le rapport étroit entretenu entre le travail des infirmiers et ceux des aides-soignants, les amenant à valoriser les interventions techniques en lien avec l’activité thérapeutique qui fonderait leur légitimité. A domicile, elles cherchent cependant à relier les dimensions techniques et humanistes de leur travail pour mieux défendre un territoire spécifique.

Des territoires sous tension

L’ensemble de l’ouvrage montre la tension générée par cette position paradoxale où les acteurs sont à la fois porteurs de pressions et de responsabilisation, mais conjointement, n’ont pas les ressources et conditions organisationnelles et institutionnelles qui leur permettraient de développer et de faire reconnaitre leurs compétences.

Yves Couturier clôt l’ouvrage par la mise en évidence des débats actuels sur les préposés aux bénéficiaires et aides-soignantes. Il montre notamment en quoi ils permettent de mettre à jour la problématique de la domination symbolique du métier qui oblitère la forme même des revendications que les acteurs seraient en mesure d’exprimer. Il souligne le paradoxe posé par l’impasse où ces professionnels se trouvent, fondant leur identité sur ce qu’on leur demande d’être plutôt dans ce qu’ils sont. Le chemin vers davantage de reconnaissance et de professionnalité apparaît donc semé d’embuches tant au plan individuel, subjectif, qu’organisationnel et institutionnel. Néanmoins, tant au domicile qu’en institution, ce chemin s’impose d’autant plus que les injonctions et revendications de l’ensemble de ces acteurs tendent à réclamer ou nécessiter davantage d’autonomie d’action et de contrôle. Ce livre trace les principales lignes sur lesquelles ces reconfigurations complexes reposent.

Un bien bel ouvrage dont on ne peut que recommander la lecture, il intéresse autant les chercheurs que les professionnels et les publics des secteurs éducatifs, social et sanitaire.

Eliane Rothier Bautzer

Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé, Santé Mentale, Société

CERMES3  Université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité
CNRS UMR 8211, INSERM U988, EHESS
Département Sciences de l’Education
Centre universitaire des Saints-Pères
45 rue des Saints-Pères, 75270 Paris Cedex 06
eliane.bautzer@gmail.com

http://www.cermes3.fr/index.php/membres/chercheurs-enseignants-chercheurs-ingenieurs-et-techniciens/155-rothier-bautzer-eliane

 

[1] Cette approche est préconisée par le ministère de la santé et des services sociaux au Québec. « Elle se présente comme un énoncé général d’orientation émis par le ministère de la santé et des services sociaux auquel sont associés un corpus de principes cohérents et un dispositif de monitorage du niveau d’implantation » (Couturier, Etheridge, Boudjéma , chapitre 4, page 85).

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Considérer le rythme en formation: Quelle importance pour l’apprentissage professionnel et la professionnalisation ?

Coordonnateurs du numéro

Pascal Roquet, Conservatoire National des Arts et Métiers, France

Lucie Roger, Université du Québec à Montréal, Canada

1. Introduction: Considérer le rythme en formation: Quelle importance pour l’apprentissage professionnel t la professionnalisation ?

Lucie Roger, UQAM, Montréal

p.1-3

2. Pour une approche réflexive et critique des rapports entre temporalités et professionnalisation

Michel ALHADEFF-JONES, Institut Sunkhronos, Suisse, Teachers College, Columbia University, Laboratoire EXPERICE, Université de Paris 8

p. 4-12

3. Mise en mouvement et en image du processus de professionnalisation des Intervenants en milieu éducatif. Repérage d’une simultanéité de trois temps

Christine GAUTIER CHOVELON, Université de Nice Sophia Antipolis

p.13-25

4. Rythmique « expérience formation » et « mondes socioprofessionnels » :Contribution à la construction d’une typologie de « formes identitaires » de chefs d’établissements scolaires privés du 1er degré à partir d’entretiens compréhensifs/biographiques.

Bruno GRAVE , LIRDEF – équipe TFD, Université Paul Valéry, Montpellier III.

p. 26-38

5. Devenir enseignant en ligne à l’université : une rythmo-formation complexe

Francis LESOURD, Université de Paris 8

p. 39-47

6. L’intégration des nouveaux préposés aux bénéficiaires dans les organisations gériatriques au Québec : La santé au travail au risque des temporalités

François Aubry, Centre affilié universitaire, CSSS Bordeaux Cartierville Saint Laurent

p. 48-55

7. Synthèse du numéro : Rythmes dans les activités formatives et professionnelles : une compréhension des temporalités dans la construction des processus de professionnalisation

Pascal ROQUET, Conservatoire National des Arts et Métier

p. 56-61

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Les identités professionnelles dans le miroir du discours

volume 3 numéro 3 été 2014

Accéder au numéro: Les identités professionnelles dans le miroir du discours

Sous la direction de Jean-Claude Kalubi

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Le stage en formation, tendances et résistances

Volume 3, numéro 1-2, janvier-avril 2014, p. 1-120

Accéder au numéro: Le stage en formation, tendances et résistances

Sous la direction de Souâd Denoux, Philippe Maubant et Emmanuel Triby

Numéro conjoint avec éducation et socialisation. Les Cahiers du CERFEE No 35. Continue reading

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